L’enfant du « non être »

dependance affective

DU MANQUE D’ESTIME DE SOI A LA DEPENDANCE AFFECTIVE

 

Dans les premières années de son existence, l’enfant se construit sur le rapport aux deux personnes que sont ses parents. Lesquels parents, dans leur interaction avec lui, inscrivent deux notions fondatrices de son équilibre émotionnel et psychique que je nomme « l’être » et « le faire ». La notion de l’être désigne la personne, le « je », l’image du Moi renvoyée par le miroir parental. Le faire est tout ce qui touche à l’action ; je fais du sport, je fais un dessin, etc.

L’enfant, pour grandir dans l’estime de soi, établir sa confiance en lui et sa sérénité psychique, a donc besoin que son être soit nourri. Et c’est l’amour que ses parents lui démontrent, qu’il ressent à son égard (qu’il interprète la plupart du temps voire qu’il fantasme) qui apportera cette « nourriture ». Les « je t’aime », « je suis fier de toi », « comme tu es doué », « tu vas y arriver », « oh comme tu dessines bien », etc., seront autant de démonstrations et de retours sur ce qu’il est et qu’il ira chercher dans ce miroir parental pour se construire. Se sentant entendu, pris en compte, reconnu et accepté dans son être, l’enfant grandit alors dans l’estime de soi. A l’inverse, un amour insuffisant, ou insuffisamment démontré ne donnera pas à l’enfant de quoi installer cet équilibre primordial. Cette faille crée alors un vide à combler duquel pourra découler la non estime de soi et ses pendants comme la dévalorisation, la dépendance affective, la peur de l’abandon, la jalousie excessive, etc.

Aucune généralité n’est faite ici, la résilience de chacun faisant son travail pour, parfois, ne démontrer aucune problématique au quotidien pour l’enfant devenu adulte (ou peut être ne lui renvoie t’on pas…). Tout comme la résonance sur la fratrie d’une même cellule parentale dépendra également de chaque individu, de sa sensibilité et personnalité. Il y donc là autant d’exemples possibles qu’il y a de couple enfant/parent. Mais quelque soit la source et la nature de cette problématique, elle devra être résolue au profit de l’équilibre. Une thérapie pourra alors s’avérer nécessaire. 

 

Le contexte parental et son incidence sur l’enfant

Freud répondait à l’une de ses patientes qui lui demandait conseil à propos de son rôle de mère : « Quoi que vous fassiez, vous ferez mal ». Bien triste réalité pour les jeunes parents en devenir…

Tout parent, digne de ce nom s’évertue évidemment à donner ce qu’il pense être le mieux pour son enfant. Même si bien souvent il ne sait lui donner que ce qu’il a reçu. Il peut aussi donner l’inverse au nom de « tu ne subiras pas ce que j’ai subi » ou grâce au fruit d’un travail sur lui. Cela ne suffira pas à nourrir l’enfant par le simple fait qu’il n’est pas la copie de son parent.

Certains parents ayant eux mêmes manqué d’affection et de reconnaissance se « servent » parfois, inconsciemment bien sur, de leur rapport à l’enfant pour l’obtenir. Ils l’enferment alors dans un rôle de « réparateur » qui là encore empêche l’enfant d’être ce qu’il est. 

D’autres encore, surprotègent l’enfant de l’échec ou de la souffrance, voulant ainsi lui apporter la sécurité qui leur a manqué. Laisse moi faire, je vais le faire pour toi, tu risques de te faire mal ou de ne pas y arriver seul, etc. Autant de phrases qui peuvent, même avec tout l’amour que pensent véhiculer ces parents, empêcher l’enfant de grandir dans la confiance en lui, pensant de fait être incapable et surtout, qu’il n’a pas le droit à l’erreur, que l’échec est grave.L’incidence peut être la même lorsque les parents poussent l’enfant à la perfection, la réussite absolue. 

L’abandon, lui, sera interprété par l’enfant comme une non envie d’être auprès de lui : mon être n’est pas assez intéressant ou aimable pour que Maman ou Papa ait envie d’être avec moi. 

D’une autre manière, un abandon moindre mais suggérant l’absence, est un parent perçu par l’enfant comme non disponible. Cette sorte d’absence, peu importe sa raison, même justifiée comme peut l’être par exemple un activité professionnelle chargée ou impliquant de longs déplacements, sera pour l’enfant perçue au même titre que l’abandon; s’il ne reste pas avec moi c’est que je ne suis pas assez intéressant, s’il ne se rend pas disponible c’est qu’il ne veut pas l’être pour moi. 

Quant aux parents négatifs, violents, toxiques ou castrateurs, nourrissant l’enfant de « tu es bon rien », « tu vaux rien » et toutes les méchancetés que l’on peut imaginer dans ce cas, ne permettront évidemment pas à l’enfant de grandir dans l’estime de soi.

 

Ce que l’enfant interprète et ce qui se joue en lui

L’enfant ne va pas à l’encontre du comportement de ses parents à son égard. Il pense que si ses propres parents ne lui « donnent » pas, c’est qu’il n’est pas digne de « recevoir ». Que s’ils ne nourrissent pas son être, c’est que son être n’est pas digne d’être nourri. Que si ils ne prennent pas son être en considération, c’est qu’il n’a pas le droit d’être ce qu’il est. Et comme il ne peut intellectuellement interpréter et comprendre ce qu’il se passe concrètement, l’enfant se sent toujours responsable de ce vide renvoyé par ses parents. Il se trompe, bien sur, mais rapportera cela à sa propre personne : ce que je suis est la cause, je ne peux donc pas être ce que je suis.

Il peut alors, pour compenser son manque, adopter un comportement visant à attirer l’attention, quelque soit le moyen (pleurs, pipi au lit, désobéissance, pb scolaire, etc.). En cela, il fera donc ce qui semblera être contre le parent alors qu’il ne cherchera qu’à provoquer une réaction qu’il espère positive. Dans certains cas, le parent se sentira lui aussi abandonné par cet enfant n’étant plus ce qu’il était. La crise d’adolescence n’en sera nécessairement que plus forte car ces parents trop fusionnels sont incapables de faire un travail de deuil permettant à l’enfant de prendre son envol. Chacun étant alors devenu le support de l’intégrité voire de l’existence de l’autre, l’enfant, dans ce cas précis, ne s’autorisera pas à faire vivre son être de peur que l’être du parent ne s’éteigne.

Dans tous ces exemples, le développement du « je » est alors freiné, empêché par ce que l’enfant cherche à être pour compenser, pour plaire, pour ne pas déranger ou pour donner envie à ses parents de nourrir son être. De fait, il n’est pas lui mais ce qu’il pense devoir être. Il fait en sorte de plaire à tout prix et satisfaire le parent devient pour lui un leitmotiv. Peut également se développer une colère voire une haine de défense, de protection pour lui même en rejetant le parent défaillant, en conflictualisant la relation. 

A l’inverse du trop peu, le « trop », trop protégé, trop poussé à la réussite, imprime chez l’enfant la même problématique. Le trop couvé, comme décrit plus haut, fait penser à l’enfant qu’il est incapable seul. Quant à la pression de la réussite, l’enfant, dans la peur de l’échec, intégrant l’idée qu’il n’a pas le droit d’échouer, pense devoir réussir à tout prix pour ne pas décevoir, détruire le rêve de ses parents le souhaitant médecin plutôt qu’infirmier. Il peut, de plus, craindre de perdre l’amour de ses parents s’il n’excelle pas. Là encore, être lui ne prend aucun sens puisqu’il doit être ce qu’on attend de lui. 

 

L’enfant du « non être » devenu grand

On reconnait bien souvent un adulte dans le non être à son surinvestissement dans le faire. Il contrebalance ainsi le manque d’être ; « je fais donc je suis ». Certains n’auront pas forcément conscience de leur problématique ou se réfugieront dans le déni, mais auront néanmoins des réactions et des comportements surgissant de ce type de vécu (et que généralement ils sont les seuls à ne pas percevoir). D’autres, ceux pour qui la résilience aura été totale, vivront en paix avec eux mêmes et avec l’autre en général. 

Mais pour la plupart, outre la non estime de soi, la peur de l’abandon ou la constante dévalorisation, tous les comportements qui peuvent en découler (peur de s’investir, jalousie excessive, dynamique d’échec, dépendance affective, etc.) régiront leurs émotions au quotidien. Il n’y a alors à l’âge adulte pas forcément d’état dépressif mais l’enfant en manque devenu grand sera sous le joug de ce moteur inconscient mais néanmoins actif (voir ici « L’après soin de l’esprit« ).

L’enfant du non être lutte contre son angoisse au quotidien, s’attache à plaire, coûte que coûte pensant qu’ainsi il recevra l’amour qui comblera son vide affectif. 

Inconsolable, il suivra, adulte, cette quête ultime pour lui, comme une drogue mentale. Une avidité à la reconnaissance peut l’animer puisque n’ayant aucune fierté de lui, il cherchera chez l’autre l’amour qu’il n’a pas de lui même, « aimez moi, moi qui ne m’aime pas ». 

D’autres maximes béquilles comme « je plais donc je suis, je sauve donc je suis, je satisfais donc je suis, je flatte donc on m’aimera, etc. » dirigent le rapport à l’autre, les relations en général. Ainsi, dans le domaine des relations amoureuses, l’amour devient attachement; il faut remplir ce vide affectif. Mais l’attachement n’est pas de l’amour, c’est prendre l’autre pour le sauveur ultime, c’est une recherche de la part manquante, celui ou celle qui va compléter ce moi vide. Ce n’est pourtant qu’entier que nous rencontrons quelqu’un d’entier…

Un autre pendant à ces mécanismes est de chercher quelqu’un qui ne renvoie que notre mauvaise image. Image que cet enfant du non être a cru si fondée dans son rapport au parent, qu’il ne sait donc se percevoir autrement à l’âge adulte. Un pervers narcissique y trouvera là une proie de choix, un objet sur lequel il pourra facilement imprimer sa perversion.

 

Le chemin de la guérison

Faire un travail sur soi aidera au déconditionnement. 

Le chemin de la guérison reste, dans ce contexte, l’enfant intérieur. Ce petit nous qui a vécu ce fameux vécu. Il est la clé ! (voir ici « L’après soin de l’esprit »). Rassurer, consoler, expliquer, chérir cette petite fille, ce petit garçon, lui permettre d’être. Aimez-le, vous ne vous en aimerez que plus !!

Articles en relation

L'après soin de l'esprit

Le soin de l'esprit